Jeudi 2 juillet 2009
Se rappeler Allâh : le dhikr


Allâh nous demande à maintes reprises dans le Coran et par la voix de Son prophète, sallallâhu 'alayhi wa sallam, de se souvenir de Lui, de se Le rappeler, de L’évoquer, de penser à Lui. C’est ce qu’on appelle le dhikr, qu'on traduit généralement par « rappel » en français. Toutefois, cette traduction reste trop imprécise pour permettre de comprendre correctement. Tous ceux qui croient en Dieu en général se rappellent Dieu et pense à Lui, au moins de temps en temps. Mais en réalité, beaucoup de ceux qui se rappellent Allâh ne pratiquent pas le dhikr. Loin de là. Il y a ceux qui, comme les idolâtres mecquois, se rappellent Allâh en adorant les idôles de pierre. D’autres, comme les chrétiens, qui se rappellent Allâh comme une manifestation divine parmi trois divinités, c’est-à-dire en se rappelant également celui qu’ils prennent pour Son fils et l'esprit-saint. Il y a aussi ceux qui se rappellent Allâh quand ils vont mal mais pas quand tout va bien. Il y a ceux qui se rappellent Allâh quand ils vont bien, et aussi quand ils vont mal. Mais quand ils vont mal, ils se rappellent Allâh quasiment comme le responsable injuste de leur malheur – qu’Allâh nous protège d’avoir même l'espace d'un court instant ce genre de pensées. Il y a ceux encore, par exemple, qui se rappellent parfois Allâh mais juste pour se dire que, promis, un jour, il faudra bien qu’ils se mettent à prier. Ou encore ceux qui se rappellent Allâh quand ils admirent la haute montagne pour se dire : « comme c’est bien fait, comme c’est beau ! », mais qui ne prient pas. Ou enfin, ceux qui se rappellent Allâh par des incantations très longues, très nombreuses, en pleurant à chaudes larmes, et qui dans le même temps demandent aux morts de les guider, de les soigner et de les nourrir. Il y a beaucoup d’exemples comme ceux-là et aucun d’eux ne correspond au dhikr demandé par Allâh. La question est donc : que veut nous dire Allâh quand Il nous ordonne le rappel ?

Quand Allâh nous dit de se Le rappeler, Il nous demande, en fait, de L’adorer. Le rappel doit avoir pour conséquence de pousser celui qui se rappelle à adorer plus et mieux Allâh. Ordonner de se rappeler Allâh revient à ordonner de L'adorer. C’est la même chose. Il ne peut y avoir d’adoration sans rappel, sans souvenirs. Et des souvenirs qui n’amènent pas à adorer Allâh ne sont pas des souvenirs. Celui qui se souvient que les figues lui font très mal au ventre n’en mangera pas. Sinon, c’est qu’il ne se souvient pas. On pourrait dire qu'il se souvient mais qu'il est gourmand. En réalité si le souvenir était fidèle à la réalité, s'il se souvenait vraiment des nuits passées dans la douleur, s'il se souvenait clairement de la souffrance, il n'en mangerait pas.

Donc Allâh nous dit de se rappeler sans cesse et de ne jamais L’oublier et c’est une façon de nous ordonner de faire vivre les sentiments qui sont au cœur de l’adoration. Se souvenir pour adorer. Dans ces conditions, il n’est pas du tout étonnant que lorsqu’ils ont eu à définir le dhikr, les savants ont parlé tout à la fois d’évocation dans le cœur et dans la tête, du fait de penser à Allâh, de méditer, de L’évoquer avec la langue, de Le mentionner dans des assemblées d'étude de la religion, de répéter des formules de glorification, ou encore d’accomplir certains actes d’adoration tels que la prière, la lecture du Coran, le remerciement, la gratitude. Se souvenir d’Allâh c’est de faire revivre ces sentiments au fond de soi et L’adorer en esclave soumis et reconnaissant.
 
Allâh sait que le souvenir n’est pas automatique chez l’homme. Comme on l'a déjà dit, je ne peux pas me décider de me rappeler une chose particulière. Je ne peux pas non plus décider de ne pas l'oublier. Je ne peux pas me forcer à ne pas oublier de prendre ce document important au moment de sortir. C’est dans la nature humaine. Allâh nous a créés comme cela. Nous ne contrôlons pas notre mémoire, nos souvenirs. Ma mémoire peut seulement être activée, et mes souvenirs peuvent revenir si je me trouve en présence d’indices, de signaux. Cela signifie que quand Allâh nous demande de se Le rappeler, Il nous demande plus précisément de nous mettre dans les conditions pour nous rappeler et ne pas oublier. Et cela, je peux le faire. Faire en sorte de me rappeler, de ne pas oublier. C'est pour cela que je vais poser mon document sur mes chaussures et je le verrai en partant. Je pourrais tout aussi bien poser la photo de celui qui m'a demandé de lui amener ce document, ça marcherait aussi. Une première condition pour se rappeler Allâh, c’est donc d’ouvrir les yeux et les oreilles, à l’affût des indices et des signaux qui vont activer ces souvenirs de Lui. Ce sont ces indices qui vont me faire penser à Allâh.

Ces indices, Allâh les appelle des âyah, c’est-à-dire des signes qui mènent exclusivement à Lui. Donc quand Allâh nous demande de faire le dhikr, Il nous dit en réalité d’être attentifs aux âyah. Dhikr et âyah marchent toujours ensemble. L’un ne peut exister sans l’autre. Ce n’est donc pas étonnant que la parole d’Allâh, le Coran, qu’Allâh appelle aussi le Dhikr, le
« Rappel par excellence », soit si débordant de âyah. Chaque verset est un âyah, d'ailleurs les versets sont appelés des âyah. Chaque histoire est âyah, mais aussi chaque description, chaque explication, chaque parole, chaque parabole, chaque ordre, chaque interdiction, le langage utilisé, le style… bref tout ce que les savants étudient pour prouver ô combien le Coran ne peut venir d’un autre qu'Allâh. C’est cette science qu’on appelle « I’jâz-ul-Qur-ân », qui signifie que le Coran contient des signes tels qu’on ne pourrait imaginer un autre que Lui capable de rédiger ne serait-ce qu'un seul verset équivalent. Le Coran est plein de âyah qui conduisent forcément à penser à Allâh, rien qu'à Lui. Voilà pourquoi il est le Dhikr !

Mais ce n’est pas encore suffisant pour bien comprendre. On n’a pas encore expliqué complètement ce qu’Allâh veut nous dire quand Il nous ordonne de nous rappeler, de penser à Lui, à chaque instant. On sait que les âyah conduisent au dhikr d’Allâh car ils sont liés à Allâh d’une manière ou d’une autre. À Allâh et à personne d’autre, sinon on ne penserait pas seulement à Allâh devant ces âyah. Ce qui est important de souligner là, c’est qu’Allâh ne nous a pas simplement dit de se Le rappeler et de L’évoquer. Il nous demande de se Le rappeler beaucoup, en permanence, sans arrêt, à tous les instants. Et c’est logique. Puisque le rappel nous conduit à l’adorer, et comme l’adoration doit être permanente, le rappel doit être permanent. Et donc les âyah doivent être très nombreux, dans tous les domaines de la vie, pour tout le monde et tout le temps.

Voilà dont que le croyant est confronté à deux problèmes avec les âyah :

Problème n° 1, il doit les concevoir véritablement comme des âyah, c’est-à-dire des signes liés à Allâh et rien qu’à Lui. Les versets du Coran par exemple sont des âyah, c’est certain. Mais tout le monde ne les reconnaît pas comme tels, sinon il n’y aurait pas de mécréants. Les âyah ne s’imposent pas comme tels, il faut les concevoir comme tels et cela nécessite un certain travail. C'est une deuxième condition pour se rappeler Allâh.

Problème n° 2, il doit en considérer beaucoup, de différents types, associés à diverses occasions, les plus nombreuses possibles pour pouvoir se rappeler Allâh tout le temps, quoi qu’il lui arrive. On trouve des gens, par exemple, qui se rappellent Allâh pour leurs affaires liées à l’argent mais pas pour celles liées à la santé. Quand ils perdent de l'argent ou leur emploi, ils pensent à Allâh et patientent, car c'est Allâh qui donne et c'est Allâh qui reprend. Mais quand eux ou un de leurs proches tombent malades, ils ne pensent plus à Allâh, accordent une confiance aveugle aux médecins et, en général, à tous ceux qui affirment pouvoir guérir, et sont capables d’utiliser tous les remèdes possibles, même les plus illicites. De nombreux croyants, nous informe le Coran, reconnaissent les âyah uniquement quand ils sont dans le malheur, mais jamais quand tout va bien.
Le croyant doit concevoir des âyah pour toutes les situations de sorte qu’il n’oubliera pas Allâh. C'est une troisième condition pour se rappeler Allâh.

Donc quand Allâh nous dit de se Le rappeler, Il nous dit que nous devons non pas seulement observer Ses signes mais également les reconnaître, les associer à Lui et que nous devons savoir reconnaître de nombreux signes. Les mêmes signes vont permettre non seulement de créer la relation d’adoration et les sentiments qui vont avec, mais aussi de faire durer ces sentiments et de les rendre permanents.
 
Un autre point à bien assimiler car c'est la condition la plus importante des quatre. Pour se rappeler Allâh, il faut avoir des choses à se rappeler à Son sujet. Dit autrement, pour adorer Allâh, créer cette relation avec Lui, et éprouver des sentiments à Son égard, on a besoin de Le connaître, de savoir des choses sur Lui. Qui Il est, ce qu'Il fait. Ces informations doivent avoir un lien avec moi, ma nature et mon environnement. Et elles doivent être claires, non pas vagues et floues, et tout le monde doit pouvoir les comprendre, pas seulement les théologiens. Elles doivent être concrètes et ne doivent pas être transformées par l'imaginaire et le ressenti d'une autre créature. Sans cela, il devient difficile de les assimiler et encore plus de les retenir et s'en souvenir en permanence. Le croyant doit donc avant toutes choses apprendre qui est Allâh, ce qu'Il fait, ce qu'Il peut faire, ce qu'Il va faire. C'est exactement ce que lui demande Allâh quand Il ordonne de se Le rappeler beaucoup.

Chercher ces informations est crucial pour construire les sentiments appropriés. Dans le cas de mon père ou du voisin, c’est parce que je les vois que je peux savoir qui ils sont, ce qu’ils font et ce qu'ils ont les moyens de faire. Et même pour Louis XIV, c’est parce que je sais ce qu’est un homme, j’en ai déjà vu, et que je sais ce qu’est un roi, j’en ai déjà vu, que je peux imaginer ce qu’il était, ce qu’il a fait, et même comment et pourquoi il l’a fait.

Pour savoir qui est Allâh, les choses ne marchent pas comme cela. Je n’ai jamais vu Allâh, ni quelqu’un comme Lui. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui L’ait vu. En réalité, sur Allâh je ne sais que ce qu’Il m’a dit de Lui par l’intermédiaire de Son prophète, sallallâhu 'alayhi wa sallam. Donc quand Allâh nous demande de se Le rappeler, Il nous demande de prendre connaissance de ce qu’Il nous apprend sur Lui, dans le Coran et dans les hadith authentiques. En nous ordonnant le rappel, Allâh nous demande d’apprendre conscieusement Ses noms et Ses attributs.

Toutefois, comme on l’a déjà dit, apprendre la liste de Ses noms n’est pas suffisant en soi. Ce n’est pas parce qu’on les connaît qu’on va sans plus d’effort se transformer en adorateur d’Allâh. Sinon, il suffirait de réciter aux gens les noms d’Allâh et ils deviendraient tous musulmans. Non, quand Allâh nous demande de se Le rappeler, c'est pour nous ordonner de croire dans Ses noms et Ses attributs. Il nous dit qui Il est, ce qu’Il fait, ce qu’Il peut et ce qu’Il va faire, et nous devons y croire correctement pour arriver à l’adorer sincèrement. Or la seule possibilité qu’on ait pour ce faire, c’est de reconnaître ses signes. Allâh nous dit qu'Il a révélé le Coran et qu'il est un signe. C'est une information qu'on doit absolument avoir mais qui ne convainc pas en soi. Sinon personne ne dirait que c'est le Prophète qui l'a écrit et qu'il n'est qu'une imitation de la Bible ! Pour être convaincu qu'Il est la parole d'Allâh, il faut le reconnaître comme la parole d'Allâh. Il faut qu'il nous mène à Allâh Seul.

On en revient donc aux âyah. Reconnaître les âyah, les associer à Allâh, à Ses noms et Ses attributs, et rien qu’à Lui, c’est comprendre que ce qu’Allâh dit de Lui est vrai, et pas seulement les connaître par cœur. Comprendre c’est plus que connaître : quand Allâh nous demande de se Le rappeler, Il nous demande donc de comprendre Ses noms et Ses attributs à l’aide de Ses signes. Objectif : créer les sentiments au cœur de l’adoration. Comprendre c’est aller au delà de la connaissance des faits (qui est Allâh, ce qu’Il fait, quels sont Ses noms et Ses attributs) : c’est réfléchir avec science sur les signes et sur les noms d’Allâh.

à suivre...
Par Les éditions Avant l'Heure - Publié dans : Allâh par Ses Noms
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