En passant...

La salât sur le Prophète

Pourquoi "
Avant l'Heure  " ?

retour en page principale :  cliquer ici

horaire priere

Samedi 15 septembre 2007
« Non, je ne vois pas. Je ne sais pas du tout, Jaddi. »

Voilà ce que me répondent trop souvent mes petits-enfants quand je leur pose des questions simples sur notre religion. Et pourtant, ils ont des connaissances ! Pas mal même. Comme beaucoup de jeunes musulmans, aujourd'hui en France. À force de lire de droite et de gauche, dans des livres ou sur Internet, à force d'écouter les discours de l'imam à la mosquée, à force de parler avec leurs parents et leurs amis, ils ont réussi à retenir beaucoup de choses. Surtout que ce sont souvent les mêmes sujets, les mêmes questions qui reviennent. Alors, ils n'oublient pas grand-chose.
Seulement voilà : bien souvent, leurs connaissances sont floues et incomplètes. Et le problème numéro un, c'est qu'ils ne savent pas les mettre en pratique. C'est comme de la simple culture générale, qui ne leur sert presque à rien.

Je les interroge parfois sur leurs connaissances dans les trois grands domaines de la religion : Dieu, la vie exemplaire des prophètes et des modèles de la communauté, et la pratique de l'islam.
C'est de cette façon que j'ai compris qu'ils avaient d'importantes lacunes. Par exemple, à propos de Dieu, lorsque je leur demande de me citer les 99 noms d'Allâh, ils m'en donnent à peine 25, avec beaucoup d'hésitation et quelques erreurs. Et ils ne connaissent pas le sens précis de ces noms. Tout au plus des traductions et quelques informations floues. Ils ne savent pas non plus comment comprendre ces noms. C'est largement insuffisant.
Ils n'en savent pas beaucoup plus sur l'histoire de notre communauté. Ils peuvent citer le nom de quelques-uns des prophètes que l'on trouve dans le Coran, mais presque jamais raconter leur vie, même pour les prophètes les plus connus, comme Ibrâhîm, Mûsâ ou 'Îsâ. Et ils en savent à peine plus pour leur Prophète, Muhammad [qu'Allâh vante ses mérites devant les anges et le préserve de tout mal]. C'est pareil pour les compagnons et les grands savants de l'islam. Ils ne pourraient ni citer les 10 compagnons à qui le Prophète avait promis le Paradis de leur vivant, ni parler de leur biographie. C’est à croire qu'il leur est plus facile de connaître les 22 joueurs de l'équipe de France de football et le championnat dans lequel ils jouent que donner le nom des 10 compagnons les plus connus !
Quand je vois que certains musulmans connaissent la vie des acteurs dans les moindres détails, je suis vraiment pris d'une grande tristesse. Parce que, de cette manière, ce n'est pas seulement la culture islamique qui s’évapore, c'est une partie de la religion elle-même qui disparaît. Quant à la pratique de l'islam, ils ne sont pas non plus au point. Ils peuvent expliquer, de manière générale, certains piliers de l'islam. Mais pour d'autres, comme l'aumône obligatoire (la zakât) et le pèlerinage, ils sont presque totalement ignorants. Et lorsqu’ils connaissent les avis de certains savants, ils ignorent toujours les arguments qui s'y réfèrent.
Pourtant, et je trouve cela étrange, ils s'intéressent à des choses qu'ils ne peuvent pas comprendre. Des choses difficiles. Ils lisent, par exemple, des livres spécialisés sur les bases de la loi islamique, alors que ce sont des informations utiles aux spécialistes. Et je ne sais pas vraiment ce qu'ils en comprennent… C’est un peu comme si Monsieur Tout-le-monde lisait les livres d’un étudiant en dernière année de médecine.
Voilà ce qu'ils savent. Ils n'ont que des connaissances générales et incomplètes. Et, habituellement, dans leur vie de tous les jours, ils ne savent pas quoi en faire. Ces connaissances sont trop générales, trop floues, trop théoriques. Elles sont tout simplement inapplicables !
En fait, tout le problème vient de leur manière d'apprendre l'islam.

C'est comme pour le Coran. Ils apprennent de nombreux versets et des sourates entières. Ils prennent même des cours à la mosquée pour ça. Ils apprennent seuls ou à plusieurs, pour s'encourager. Ils y passent pas mal de temps et je dois dire qu'ils sont pas mal avancés. Comme beaucoup de jeunes musulmans, ils lisent le Coran et le récitent en respectant des règles strictes qu'on appelle le tajwîd. Et c'est pour eux un signe de grande vénération. Parce que, dans un sens, ils vénèrent le Coran. Ils apprennent le Coran parce qu'ils adorent Allâh. Ils L'aiment et donc ils aiment Sa Parole. Le Coran, c'est le Livre de Dieu. Il mérite le respect et il doit être appris et récité. Le respect pour ce qu'il contient comme paroles, mais le respect, également, pour le livre en lui-même. Les jeunes musulmans savent qu'ils doivent le manipuler avec précaution, ne rien poser dessus, ne pas écrire dessus, ne pas le jeter sur le sol. Dans le monde entier, c'est comme ça. D’ailleurs, dans certains pays d'Afrique, le nouveau président doit prêter serment devant le Coran pour pouvoir gouverner.

Bon. Mes petits enfants apprennent le Coran et c'est très bien. C'est très bien dans la forme. Mais sur le fond, qu'en est-il des paroles qu'ils récitent ?
Ma petite-fille Safia ma récité l'autre jour la plus grande sourate du Coran. La sourate 2, Al-Baqarah, La Vache. Elle n'a quasiment fait aucune faute sur les 286 longs versets de cette sourate ! Ça représente presque un dixième du Coran. C'est énorme ! Et il lui a suffit des vacances d'été pour l'apprendre. C'est vraiment rapide ! Il faut savoir que l'un des plus fameux compagnons du prophète Muhammad, Ibnu 'Umar, l'avait apprise, lui, en huit ans. Et chez les compagnons, les meilleurs hommes et femmes de notre communauté, ceux qui savaient cette sourate étaient si rares que c'en était exceptionnel.
Safia était étonnée, un peu amusée aussi, quand je le lui ai dit. Elle avait du mal à comprendre pourquoi un compagnon, un spécialiste de la compréhension et de l'explication du Coran, jeune, en bonne santé, intelligent, très intelligent même, n'avait pas réussi à apprendre le Coran plus vite. Alors qu'on trouve, dans le monde, des milliers d'enfants qui ont appris l'intégralité du Coran avant l'âge de dix ans. Alors, pourquoi une telle différence?
Tout simplement parce que ces hommes et ces femmes apprenaient l'islam pour des raisons bien particulières. Pour Ibnu 'Umar et les compagnons, apprendre le Coran, ça signifiait apprendre le texte, comprendre le sens, rechercher ce que Dieu attend de nous et, surtout, pratiquer. Oui ! Les compagnons mettaient en pratique le Coran. C'est dans ce but qu'ils l'apprenaient et le lisaient. Voilà pourquoi ils n'apprenaient pas plus de 5 ou 10 versets à la fois et ne passaient pas aux suivants avant que leur pratique de ces versets soit parfaite. Finalement, dans ces conditions, huit ans, pour connaître - c'est à dire apprendre, comprendre et pratiquer - la sourate La Vache, c'est assez court !

Safia m'a demandé : « Jaddi, les compagnons, pourquoi faisaient-ils comme ça ? »
C'est une bonne question.
S'ils agissaient comme cela, c'est parce qu'ils prenaient exemple sur le prophète Muhammad [qu'Allâh vante ses mérites devant les anges et le préserve de tout mal]. Le prophète pratiquait le Coran. Il ne faisait que ça. Pour décrire la vie du Prophète, il n'y a pas mieux que l'explication de sa jeune femme, 'Â-ichah, qui a dit : son comportement, sa pratique, son caractère et sa morale étaient le Coran, rien que le Coran. C'est-à-dire que le prophète a appliqué le message coranique dans tous les domaines mentionnés dans le Coran, dans tous les domaines de la vie. Il a aimé ce qu'Allâh aime et détesté ce qu'Il déteste. Il a médité le Coran pour se rapprocher de Dieu, dans sa tête, dans son cœur et par sa pratique.
Et les compagnons du prophète ont imité ce comportement dans les moindres détails. Dès qu’ils entendaient un verset, ils cherchaient à l'appliquer. Tout de suite. Même chose avec les paroles du prophète. Ils n'ont rien voulu inventer. Pour eux, le plus important était d'appliquer les paroles de Dieu et de Son prophète le mieux possible. C'est dans ce but qu'ils imitaient le Prophète et lui posaient des questions. Non pas simplement pour augmenter leurs connaissances.
Un jour, le prophète leur a dit qu'on avait une dette envers Dieu, chaque jour, rien que pour chaque articulation du corps. Qu'on devait faire une aumône par jour par articulation pour remercier Allâh. Les compagnons auraient pu en rester là et se dire : « Oui, c'est bien vrai ça. Allâh est Généreux, et on doit le remercier pour tout ce qu'Il nous a donné. Et sans les articulations, comment pourrions-nous vivre ? » Mais non, ils se sont au contraire beaucoup inquiétés : « Comment faire plus de 350 aumônes par jour ? Qui peut faire cela ? » Ils ont pensé qu'ils étaient perdus, qu'il leur serait impossible de pratiquer cette parole et d'obéir à Dieu et à Son prophète ! Le prophète d'Allâh leur a ensuite donné les solutions, et du même coup les a rassurés. Car toute bonne action est une aumône : un sourire, aider les gens, chaque pas effectué pour aller à la mosquée, réconcilier ceux qui se disputent…

- Alors, dis-moi, Safia, as-tu compris pourquoi les compagnons prenaient exemple sur le Prophète ?
- Oui, Jaddi. Ils ont compris que le Coran et le Prophète sont des guides de pratique pour leur vie quotidienne. Les suivre est la seule façon de satisfaire Allâh.
- C'est bien ça, Safia. Le Coran est un guide qui mène à l'action, pas seulement à la connaissance. Le Coran contient les ordres qu'Allâh nous donne. Et le message est expliqué par Son messager. Allâh n'a pas envoyé Son livre et Son prophète seulement pour enseigner des choses à l'homme, mais c'est surtout pour qu'ils obéissent. Et pour les compagnons, respecter et vénérer le message, c'était avant tout le comprendre pour le mettre en pratique. Ils ont vraiment considéré les paroles d'Allâh et de Son prophète comme des paroles sacrées. Et des paroles sacrées, ça s'exécute. Ce ne sont pas des paroles en l'air.
C'était un message pour eux. Comme ils l'ont bien reçu !

Et c'est extraordinaire. Les compagnons ont reçu le Coran et les hadiths comme des ordres à exécuter et comme des paroles sacrées à comprendre. C'est pour cela qu'ils étaient tour à tour effrayés, inquiets et joyeux. Leur humeur changeait selon la révélation. Qui parmi nous connaît les mêmes changements d'humeur ? Qui parmi nous est mort de peur quand Allâh nous menace de son châtiment ? Qui parmi nous est sincèrement rassuré quand Allâh nous dit qu'Il ne nous jugera pas pour ce qui n'est pas en notre pouvoir ? Qui parmi nous est sincèrement impatient quand il lit les versets qui parlent des délices du Paradis ? Qui souhaite sincèrement voir Allâh de ses yeux ? Qui est sincèrement persuadé que voir Allâh est la plus grande des récompenses, bien plus grande que tous ces jardins, tous ces palais, toutes ces occupations inimaginables, tous ces repas délicieux, tous ces nectars merveilleux... ? Qui enfin parmi nous est sincèrement inquiet quand Allâh dénonce les défauts des hommes qu'Il ne pardonnera pas ?

Les compagnons, eux, mouraient de peur quand Allâh dévoilait les défauts de leur époque. Qui sait par exemple pourquoi la sourate 9, At-Tawbah, Le Repentir, était aussi appelée par les compagnons « Al-Fâdhihah » ? Dans cette sourate, Allâh parle surtout des hypocrites qui vivaient au milieu des musulmans et qui faisaient semblant d'être convertis, alors qu'en secret ils avaient des comportements extrêmement mauvais. Et Allâh dévoilent leur mécréance les uns après les autres. Et c'est cela que signifie « Al-Fâdhihah ». Les compagnons l'ont appelé comme cela parce qu'elle dévoile les secrets et les défauts des hypocrites un à un. Elle les blâme sévèrement à tout de rôle et leur apprend qu'ils ne seront pas pardonnés. Les compagnons ont reçu cette sourate avec une inquiétude : ils avaient tout le temps peur d'être les prochains sur la liste et de faire partie, malgré eux, des hypocrites maudits par Allâh dans cette sourate. Voyez comme les compagnons recevaient la révélation ! Ils lisaient le Coran comme si, vraiment, Allâh était en train de leur parler à eux. C'est cela qu'ils ressentaient. Alors que quand nous nous lisons, il faut vraiment faire des efforts pour penser un peu qu'Allâh s'adresse à nous. Et pourtant, cette sourate a été révélée à la fin de la mission prophétique et les compagnons, de la première heure, qui avaient accompagné le prophète dans toutes les batailles et toutes les aventures, savaient qu'Allâh était satisfait d'eux. Et pourtant ils avaient peur. Ils n'étaient pas tranquilles.
C'est cette manière de lire le Coran qu'il faut retrouver, en ressentant tout son poids, en ressentant qu'Il est sacré, en méditant et en ressentant le message qu’il apporte, puis en le pratiquant comme des ordres venus de Celui qui peut faire de nous ce qu'Il veut, nous guider, nous égarer. C'est cette manière d'apprendre qu'il faut retrouver. C'est urgent.

- Alors, toi, ma petite, tu as reçu le message ?
- Oui, Jaddi, j'ai reçu le message ! J'espère ! C'est bien de connaître des sourates et des choses sur la religion, mais maintenant, je dois les mettre en pratique. Je dois les apprendre dans le but de les comprendre et de les pratiquer. Et pour ça, je dois suivre le modèle du Prophète et de ses compagnons. C'est comme ça que je vais satisfaire Allâh. Et c'est comme ça que je vais Lui montrer que moi aussi j'ai bien reçu un Message !

Par Les éditions Avant l'Heure - Publié dans : Questions de foi
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires - Recommander
Retour à l'accueil
Blog : Décoration sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus